samedi 21 mai 2011

Rose of Sharon, 100 years of Amarican Music (1770-1870)

Bataille pour la liberté, pratiques religieuses extrêmes et chants de propagande, voici le programme que Joel Frederiksen nous propose à travers son album 100 years of American Music (1770-1870). Mélodies anonymes ou dédicacées des premiers compositeurs Made In America tels que William Billings, Jeremiah Ingalles ou encore Benjamin Frankiln White (tiens ces noms me disent vaguement quelque chose), ces témoignages musicaux reflètent déjà toutes les facettes d'une nation qui semble se ressasser les mêmes thèmes depuis ses origines.

Mais livrés dans leur musique première, ceux-ci gardent une sorte de virginité, comme la première pousse d'une plante qui deviendra un chêne, mais dont on ignore encore à ce moment l'avenir. L'intention de ces chansons est parfois claire, et consiste en la simple reprise d'airs populaires, comme chants patriotiques ou religieux, parfois plus ambigue, comme cette ballade dédiée au pirate "le plus connu de tous les temps", Captain Kidd. Certain de ces airs résonnent encore dans les mémoires américaines sans que l'on sache trop d'où ils viennent, comme s'ils avaient toujours été là.

Frederiksen lève une partie du voile sur les origines de la musique ancienne américaine, quelles soient écossaises, irlandaises ou venant d'ailleurs, le tout dans un écrin musicale superbe (on se régale entre autre du timbre de voix de basse du musicien dans The Death of General Wolfe). L'album nous surprend par l'étrange familiarité que nous avons avec ces chants vieux de trois siècles, a mi-chemin entre musique savante et chansons populaires.

En bonus, un très beau livret explicatif écrit de la main même du musicien !


Rose of Sharon, 100 years of American Music
par Erik Frederiksen et l'ensemble Phoenix Munich.
Sortie le 26 mai 2011


A écouter également :
The Elfin Knight, Ballades et Danses de la Renaissance Anglaises
par Joel Frederiksen et l'ensemble Phoenix Munich.


Disponible à l'Autre Monde

vendredi 22 avril 2011

Un Requiem en mouvement

C'est avec plaisir que je reprends l'écriture afin de vous partager les dernières rencontres musicales et artistiques qui m'ont touchées.


Mon travail dans l'Autre Monde m'offre une nourriture artistique suffisament abondante pour remettre en marche mes neurones et tenter d'en sortir quelques substances qui risquaient de s'empâter dans un coin de ma tête. Fort heureusement, des oeuvres d'une beauté incomparable sont venues me saisir avant qu'il ne soit trop tard ! C'est ainsi que le Requiem de Mozart interprété par Téodor Currentzis est venu réveiller mon esprit.

Venir secouer le temple Mozart n'a rien d'évident, surtout lorsqu'on s'attaque à un édifice de l'importance du Requiem. Nombreux sont les chefs qui y ont laissés des plumes.




Comment en effet jouer cette partition d'une apparente facilité, qui pourtant cache des pièges à presque chaque mesure ? L'erreur à ne pas commettre est de s'engouffrer dans tous les temps et de s'y endormir. Faisons plutôt rebondir les basses, allégeons les aigues. La mort est-elle dans les tréfonds de la terre ou dans les nuées des cieux ?


T. Currentzis a pris position et tout s'envole. Les basses de l'Offertorium ne laissent aucun doute là-dessus. Ce qui m'a séduit se trouve pourtant ailleurs. C'est dans le mouvement que réside mon véritable attrait pour cette oeuvre. Je m'explique.
Le Requiem, messe en mémoire des morts, ne trouve son sens à mon avis n'ont pas dans l'éloge de la mort, mais dans son opposé qui s'y reflète, la vie. Or beaucoup d'interprétations semblent s'empâter dans la seule commémoration trop solennisées de la mort, sans y chercher son reflet.



T. Currentzis ne tombe pas dans cet écueil. Il nous offre une version qui passe de l'évocation de l'esprit en furie, grâce au relief de ses nuances, au vombrissement de l'âme par le crissement des archers qui rayent littéralement les cordes des contrebasses, violoncelles et violons. L'ensemble permet de créer une spirale qui tourne sur elle-même et crée le mouvement.


La maîtrise technique est donc à l'origine de cette sensation. Mais l'audace du jeune chef réside surtout dans l'apparent détachement de l'artiste avec son oeuvre, lui laissant alors tout l'espace nécessaire à son déploiement et à son expression autonome.


Peut-être que je me trompe. Le travail effectué à certainement été d'une précision d'orfèvre. Néanmoins, ce qui est frappant c'est la liberté qui se dégage de cette musique, qui semble s'affranchir de toutes contraintes matérielles, pour ne laisser place qu'à la plus pure expression de la partition.

Jugez par vous même : Requiem de Mozart, par le choeur et l'orchestre de chambre de l'opéra de Novosibirsk, direction Teodor Currentzis, Alpha Production, n°178.



Disponible à l'Autre Monde

jeudi 9 septembre 2010

"Elles", exposition au centre Pompidou du 27 mai 2009 au 21 février 2011


Présenter une exposition sur les femmes artistes pour rappeler qu'elles sont des artistes avant d'être des femmes est un pari dangereux. C'est en forçant le trait sur l'absence de différence que l'effet peut s'inverser. Exposer "exclusivement" des femmes montre que cet univers créatif n'est toujours pas considéré comme une forme conventionnelle, mais présente une originalité. Imaginerait-on une exposition "exclusivement" réservée aux hommes, cette proposition flirte dangereusement avec l'absurde, son opposé, par contre, semble cohérent.

Comment cela s'explique-t-il ? Les oeuvres d'artistes femmes sont-elles davantage mises en valeur lorsqu'elles ne côtoient que des créations produites par ce même sexe ? Je doute de la pertinence d'une telle réflexion et vous demande d’ailleurs votre avis sur le sujet.

Qu’est-il préférable, des expos d'artistes femmes ou des artistes femmes dans les expos ? Faites votre choix, le mien est tout trouvé. Et j'aurais d’ailleurs préféré pour ma part que la question n'ait pas à se poser. Mais il n'en n'est rien. Celle-ci se présente toujours avec une grande force. L'exposition proposée par le centre Pompidou le rappelle. Pour le voir, n’hésitez pas la prochaine fois que vous visiterez un musée à compter le nombre d'artistes femmes exposées. Ce jeu est désolant.
C'est pourquoi les femmes ont souvent adopté le registre de la révolte dans leur démarche créative.
La première partie de l'exposition du centre Beaubourg s'oriente logiquement vers cette thématique. Dans les salles Feu à volonté et Corps slogan, le corps, origine de la discrimination est à la fois meurtri et vénéré. La relation est violente, brutale. La blessure trouve son sublime dans la provocation, quitte à choquer le spectateur. Certaines pièces montrent dans un cri de douleur les clichés destructeurs : la soumission, la pornographie, le sexe, montrés de façon brutale dans leurs états de chair et de sang.

Cependant la production artistique féminine ne saurait s'arrêter à la lutte. Elle prend diverses routes. Elle passe de la technique à l'humour à travers des œuvres telles que celles de Gae Aulenti ou de Sylvie Fleuri, ou encore de l'onirique à l'immatériel par les travaux de Dorothea Tanning ou de Christina Iglesias. Ce dernier univers est d’ailleurs celui qui à mon sens révèle la profondeur de la création féminine. Dans ces formes lavées des luttes et des conflits, les différences s'évanouissent. Il ne reste plus alors que l'artiste, le poète, le créateur, homme ou femme, peu importe le genre. Elles perdent leur origine et entrent dans la pacificité du conflit apaisé. Le spectateur est alors transporté dans des étendus de silence et de paix.

Après la fulgurance des premières œuvres, l'apaisement des dernières vient équilibrer l'ensemble de l'exposition. Le spectateur peut à ce moment partir l'esprit chargé d'une richesse inouïe de formes, de couleurs et de sensations. Il guettera à l’avenir, j’en suis sûre, avec plus d'attention et une curiosité nouvelle, la présence des femmes artistes au long de ses promenades muséales.

Ci-dessus : Elke Krystufek, Size does not matter, age does matter, 2006