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dimanche 6 novembre 2011

A la recherche des Mays de Notre-Dame de Paris



Qui n’a jamais rêvé de découvrir un chef-d’œuvre au coin d’une pièce oubliée ? Qui n’a jamais eu envie d’identifier la toile d’un grand maître dans une chapelle sombre ? Nous sommes beaucoup à rêver à de telles découvertes. Et si je vous donnais la piste d’une grande chasse au trésor, qui commencerait dans la plus fameuse des cathédrales, Notre-Dame de Paris.
Le Crucifiement de Saint-Pierre, Sébastien Bourdon,
Notre-Dame de Paris, 1643
L’objet de notre recherche : 23 huiles sur toile de plus de 10 mètres de haut ayant pour thème des scènes des Actes des Apôtres, peintes par les meilleurs artistes du XVIIe siècle.
Si vous cherchez de quoi je parle, allez à Notre-Dame de Paris, franchissez les barrières des premières chapelles latérales sud, et contemplez. Ces grands tableaux poussiéreux et mal éclairés que vous avez devant vous sont des Mays. Vous en avez 13 dans la cathédrale. Peut-être n’en avez-vous jamais entendu parler. Et pourtant, ce sont des chefs-d’œuvre, injustement oubliés.
L’ensemble des Grands Mays de Notre-Dame de Paris était composé de 76 toiles, mesurant toutes plus de 10 mètres de haut, réalisées entre 1630 et 1707. Parmi les peintres qui ont réalisés ces toiles, vous retrouvez nombre des plus grands noms de la peinture du XVIIe siècle, Laurent de la Hyre, Charles Poërson, Eustache le Sueur, Noël Coypel, etc.
Les tableaux étaient commandés par la confrérie des orfèvres, et étaient offerts en cadeau en dévotion à la Vierge Marie le premier mai de chaque année. L’emplacement actuel n’est pas leur emplacement d’origine. Dès 1630, chacun des Mays était accroché en surplomb des colonnes des grandes arcades de la nef et du chœur. 

Imaginons alors l’effet rendu à l’intérieur de la cathédrale. Toute le long de la nef se déployait un cycle de toiles majestueuses relatant l’histoire des premiers apôtres. Nous sommes bien loin des murs nus qui ne montrent que la pierre, que l’on peut voir actuellement. Le thème choisi et la façon de le représenter était une exhortation à s’engager pour la propagation de la Bonne Nouvelle, tout comme les premiers disciples le firent, jusqu’au martyre.
Les toiles présentes dans la cathédrale étonnent par leur dynamisme. Les compositions sont extrêmement complexes et reposent sur les mouvements de spirale et des gestuelles éloquentes. Ce sont de pures manifestations de dramatisme baroque, qui peuvent s’apparenter par leur expressivité aux sculptures du Sacri Monti du Nord de l’Italie.
Chacune des toiles mériterait une étude approfondie, or, voilà le problème, vingt-trois des Mays ont disparus, les autres sont répartis dans différents musées français, ceux de Notre-Dame de Paris, sont, disons-le, dans un état déplorable. Qui en effet à encore le souci de ces tableaux ? Quand on sait que le visiteur lambda n’a qu’une idée en tête, voir Quasimodo. C’est tout juste si les touristes ont envie d’entendre parler d’édifice religieux quand ils entrent dans la cathédrale. Et pourtant, quand je vais à Notre-Dame et que je m’installe pour un temps devant un des Mays pour le contempler, à chaque fois une dizaine de visiteurs s’arrêtent et regardent avec moi. Il suffit parfois seulement d’orienter le regard.
Pouvons-nous nous aussi orienter nos regards vers ces tableaux ? Tenter de retrouver les Mays disparus. Faire enfin une étude approfondie sur le sujet et proposer un ouvrage documenté et accessible. Malgré tous mes efforts, je n’ai trouvé pour le moment qu’un seul ouvrage sur le thème, un catalogue d’exposition du musée d’Arras datant de 1999, uniquement disponible d’occasion*. Il constitue une belle introduction (quand vous avez réussi à vous le procurer) qui souligne toutefois à plusieurs reprises l’état lacunaire des connaissances que nous avons sur le sujet.
Est-ce ainsi que nous rendons hommage au plus grand cycle de peinture religieuse française de la période baroque ?  Vous en conviendrez que cela est un peu léger. Les festivités pour les 850 ans de Notre-Dame de Paris sont en préparation. Un grand livre sur Notre-Dame de Paris est en cours. Les travaux de restauration et d’embellissement de la cathédrale ont déjà commencés. Est-ce que quelque chose a été prévu pour enfin mettre en valeur les grandes toiles oubliées ? Nous verrons bien en 2013. En attendant, gardons les yeux ouverts, et si jamais vous pensez avoir trouvé un des Mays disparus, faites-moi signe !

Vous trouverez quelques informations ainsi que les reproductions d’une partie des Mays présents dans la cathédrale sur le site de Notre-Dame de Paris
*Les Mays de Notre-Dame de Paris, Musée des Beaux-Arts d’Arras, 1999, ISBN : 2 910205 07 X

mardi 11 octobre 2011

RIP Culture, pas question !

La lecture de la presse spécialisée ou des blogs d’opinion tire une sonnette d’alarme dont je souhaite faire l’écho ici car le phénomène semble prendre de l’ampleur. Ces phénomènes qui sont la détérioration de la qualité des produits culturels tant dans leur conception que dans leur production, ainsi que le progressif effacement des programmes culturels de tous médias, ne peuvent être qu’alarmants. Je rejoins l’avis de Jean-Christophe Pucek qui nous interroge sur la façon de transmettre notre patrimoine culturel et encore plus musical à ceux qui sont éloignés des seules sources qui donnent encore de l’information sur ce sujet. Le recul progressif des collectivités territoriales du domaine culturel est un autre signe du mal dont semble souffrir de plus en plus notre époque. Certes l’utopie de la démocratisation culturelle a montré ses limites et pourrait justifier de nouvelles approches, mais de là à laisser tomber toute forme d’action vis-à-vis des publics éloignés de la culture, la mesure n’est pas la même. Bien entendu, les pouvoirs publics ne seront pas d’accord là-dessus, un budget est toujours alloué aux arts. Mais lesquels ? C’est cela la question. Car tous les arts n’ont pas la cote. La musique fait ici office de parent pauvre tant sa représentation dans les différents médias se réduit à peau de chagrin. Oui bien sûr l’auditeur lambda vous dira que toute façon il n’écoute de la musique classique que pour s’endormir. Forcément, puisque la musique à laquelle il a accès ne pourra que très difficilement faire autre chose que l’endormir. Car que trouve-t-on en tête de gondole des supermarchés au rayon « Classique », les « Prêtres » ou un énième enregistrement des Nocturnes de Chopin aussi lissé que le précédent. La grande distribution ne prend pas de risque, la loi du marché a fait le ménage. Et quand à présent il m’arrive d’offrir un disque de musique ancienne à un néophyte et que celui-ci me répond, « pour une fois, je ne me suis pas endormi, d’où vient cette musique ! », j’ai envie de dire à tous les directeurs de conscience de la prétendue culture, gouvernés par leurs seules lois mercantiles, qu’en terme d’achat, un esprit éveillé en vaut plus que dix endormis. Mais peut-être ne suis-je pas au fait des avancées technologiques qui nous permettront de nous satisfaire de n’importe quelle bouillie musicale pourvu que celle-ci nous permette d’utiliser notre carte de crédit. Quand je le serai, je dirai un grand merci au grand Big Brother qui a su me débarrasser de toute faculté de discernement pour pouvoir entrer béate et comblée dans l’univers merveilleux du consumérisme de masse ! Avant d’en arriver là, « Restons Curieux ! ».

 A lire :

L'article de Jean-Paul Combet sur le dernier enregistrement du Poème Harmonique : http://www.lautremondeparis.com/Pages/page.aspx?p=00022

L'article de Jean-Christophe Pucek, Classiques caciques, histoires d'un désamour : http://www.passee-des-arts.com/article-classiques-caciques-histoires-d-un-desamour-86226521.html

Et une petite perle pour les oreilles :
L'Ange Gardien, Les Sonates du Rosaire de Heinrich Ignaz Franz Biber

mardi 4 octobre 2011

" Les musiques d'Henry IV", un documentaire Arte qui réjouit les oreilles !

Dimanche soir dernier, je venais d'allumer ma télé pour m'occuper l'esprit pendant les 7 minutes de cuisson de mon plat de pâtes, quand j'eu une belle surprise en entendant le début d'un air de Pierre Guédron, En ce bois si beau je m'amuse. Merveille, je venais de tomber sur un programme à propos de la musique sous Henry IV ! Arte a eu l'idée très heureuse de nous concocter un programme sur la naissance de la musique baroque en France, en laissant la part belle aux enregistrements musicaux, qui une fois n'est pas coutume, nous étaient proposés dans leur intégralité. Vous reconnaîtrez aisément qu'il n'est pas courant d'entendre du John Dowland, ou encore du Eustache du Courroy, en dehors des programmes sur Mezzo.
Alors comme la vidéo est encore disponible sur Internet, je vous invite à la visionner, c'est un régal !

vendredi 23 septembre 2011

Hommage au Molière d'Ariane Mnouchkine


Si vous en avez assez des films de capes et d’épées à la manière hollywoodiennes, cheveux gominés et regard d’ange, je vous invite à redécouvrir un film de 1978 qu’il ne faut surtout pas oublier. Il s’agit ici du Molière d’Ariane Mnouchkine.

Qu’est-ce que ce film a de plus que les autres ?
Tout d’abord, ses acteurs. C’est une troupe existante depuis 13 ans au moment du tournage qui s’est lancée dans cette aventure. Et cela fait la différence avec des acteurs studios. L’expression des sentiments, les faciès la façon d’utiliser les corps, sont plus authentiques, plus profondes. La complicité entre les acteurs, ou du moins leur habitude de jouer ensemble est visible.

Ensuite, c’est un film que l’on peut qualifier de monumental, par sa durée, un peu plus de 4h, décomposée en deux grandes parties, la jeunesse de Molière et ses années de consécration. L’influence du théâtre dans ce découpage est aussi claire.


Dans la première partie, plusieurs scènes villageoises du XVIIème sont reconstituées. Nous nous retrouvons plongés dans une ambiance délurée et ultra vivante (pensons ici à la scène du carnaval). Mais c’est aussi le réalisme époustouflant qui laisse en admiration. Dîtes que le métier d’acteur, même de figurant, est un métier facile, et reconsidéré votre propos après avoir vu ce Molière.
Car c’est bien dans une couche de boue de 50cm de profondeur que les acteurs pataugent. Ajoutez-y le poids des robes maculées de boue et l’odeur de la viande laissée à l’air libre (dans la scène de la dispute entre les bandes) et votre vocation d’acteur sera mise ne danger, c’est sûr !

Mais le résultat est à la mesure de la peine donnée. Le tableau dépeint est digne des portraits de gueux du Caravage, et la sensation est la même. C’est le dépaysement, tout autant que la répulsion, l’empathie et l’émoi qui nous secouent les tripes.

La prouesse d’Ariane Mnouchkine est de garder cette atmosphère, qui rend compte très justement des conditions de vie de l’époque, tout au long du film. C’est donc un vrai film historique, et non une vague fable ancienne baignant dans un hygiénisme tout moderne, telle que nombre de réalisateurs font depuis.  

Je voudrais encore tirer mon chapeau une dernière fois dans ce billet, pour le passage de Commedia Dell’arte que le metteur en scène nous offre dans la première partie du film. Celui-ci sonne comme un hommage à la mère du théâtre professionnel.
Et c’est à nous, à présent de rendre hommage à cette très belle réalisation. Il est bon parfois de ne pas être figé sur les nouveautés, et de tourner la tête pour se souvenir de tout ce qui était bon et qui mérite de rester en mémoire.





Disponible à l'Autre Monde