Le titre est erroné, ou presque. Gardons les Mélodies de la Mélancolie, de Nicolas
Bacri. Habituée des explorations musicales et des effets théâtraux, la soprano colorature
avait su nous séduire par ses interprétations vivantes et pleines d’énergie d’Offenbach, Gluck ou
encore Mozart*. La voix particulière, qui prend toute son ampleur dans les
registres les plus aigus, peine à convaincre dans le médium. Certes la démarche
est intéressante, et il semble qu’un programme de musique espagnole ait pu
convenir à la chanteuse. La présence sur scène et la poigne sont là, la voix,
elle, n’est vraiment pas à l’aise. Dommage.
Certes, le début de cet article ne dresse pas un bilan très
positif, n’en déplaise aux fans de la chanteuse qui étaient venus en nombre à
la salle Pleyel et qui ne partagent peut-être pas mon opinion. Alors, rattrapons cela et
parlons de ce qui était positif dans ce concert. A savoir, la première
française des Mélodies de la Mélancolie
de Nicolas Bacri. Ces quatre chansons, spécialement composées à la demande de
Patricia Petibon pour apparaître dans son dernier album, ont eu de quoi
séduire.
Tout d’abord, la voix de la chanteuse était (enfin) dans son
registre. Ensuite, le compositeur n’a pas manqué à sa parole et nous a effectivement
dépeint un portrait de la mélancolie très convaincant. A la mar (A la mer) ;
Silencio mi niño (Tout doux, mon enfant), Hay quien dice (Certains disent), Sólo
(Seulement), on ne peut pas être plus dans le sujet.
Pour cela, le compositeur utilise des procédés simples, mais
efficaces. Arrêtons-nous un peu sur la première mélodie A la mar. Le mouvement ternaire perpétuel sur deux accords nous
emporte sur la surface ondulante de l’eau. On y retrouve le procédé d’écriture de
Bach, dans le premier mouvement de la Passion selon Saint-Jean. C’est également
le cas pour les cris de la soprano, qui s’approchent des premiers « Herr »
de la Passion. Cri de l’Homme impuissant face au cycle de la nature qui l’emportera.
Bacri simplifie le continuo, et pousse le naturalisme jusqu’à nous faire
entendre un cri de la mouette su un iAy (Hélas) qui nous prend aux tripes. On
se retrouve sur le dos de Jonathan Livingston le goéland, tel que le décrit
Richard Bach (encore un Bach) dans son livre du même nom, savourant jusqu’à l’ivresse
la liberté des airs, le cœur serré d’être seul à goûter ce délice. C’est
poignant et splendide.
L’influence est tout autre
dans Hay quien dice. L’écriture est
résolument plus moderne. Le chant se rapproche plus de celui d’une Lulu de Berg
(rôle que Patricia Petibon a d’ailleurs brillamment incarné récemment dans la
mise en scène d’Olivier Py). La détresse sur vergüenzas, crueldades en cuentas de amor est puissamment
délicieuse.
Ces démonstrations de chant et d’expressivité vocale réconcilient
avec le reste du concert. L’audace musicale de Patricia Petibon peut donc
produire le meilleur comme le pire. Jetons le pire, gardons le meilleur et
espérons que le prochain programme sera plus en adéquation avec la très belle,
mais aussi très exigeante voix de la soprano.
* Voyez par exemple l’enregistrement de l’air de la reine de la
nuit de La Flûte Enchantée de Mozart,
chantée par Patricia Petibon, que l’on retrouve dans son album Amoureuses.
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