samedi 18 juin 2011

Sympathique le Baryton à cordes !

Sympathiques les cordes par résonnance sympathique du Baryton.
Cet instrument compilant un manche à frette comme sur une viole de gambe et des cordes résonnant par sympathie comme sur une viole d'amour offre un son proche de l'alto quand il joue dans l'aigu, ce qui est souvent le cas, auquel peut s'ajouter le pizzicati des cordes métalliques pincées. Le tout offre une polyphonie qui couplée à d'autres instruments à cordes apporte une sonorité tout à fait particulière, dynamique et délicate.
Guido Balestracci (ensemble L'Amoroso) nous offre une démonstration tout à fait convaincante des possibilités de cet instrument méconnu à travers l'interprétation des pièces d'Haydn écrites spécialement pour le Baryton, à destination du prince Esterhazy, amateur historique de l'instrument.
Il est accompagné pour cela d'Alessandro Tampieri (ensemble l'Arpeggiata) et Bruno Cocset (Les Basses Réunies). C'est donc un témoignage historique, mené de mains de maîtres par le trio qui nous est proposé dans l'album Divertimenti Per Il Pariton Tre qui vient de sortir chez Ricercar.
A lire sur le sujet, le très bon article du blog Le Passé des Arts (blog que je recommande d'ailleurs vivement): http://www.passee-des-arts.com/article-divertimenti-princiers-des-trios-avec-baryton-de-haydn-par-guido-balestracci-76928850.html

samedi 21 mai 2011

Rose of Sharon, 100 years of Amarican Music (1770-1870)

Bataille pour la liberté, pratiques religieuses extrêmes et chants de propagande, voici le programme que Joel Frederiksen nous propose à travers son album 100 years of American Music (1770-1870). Mélodies anonymes ou dédicacées des premiers compositeurs Made In America tels que William Billings, Jeremiah Ingalles ou encore Benjamin Frankiln White (tiens ces noms me disent vaguement quelque chose), ces témoignages musicaux reflètent déjà toutes les facettes d'une nation qui semble se ressasser les mêmes thèmes depuis ses origines.

Mais livrés dans leur musique première, ceux-ci gardent une sorte de virginité, comme la première pousse d'une plante qui deviendra un chêne, mais dont on ignore encore à ce moment l'avenir. L'intention de ces chansons est parfois claire, et consiste en la simple reprise d'airs populaires, comme chants patriotiques ou religieux, parfois plus ambigue, comme cette ballade dédiée au pirate "le plus connu de tous les temps", Captain Kidd. Certain de ces airs résonnent encore dans les mémoires américaines sans que l'on sache trop d'où ils viennent, comme s'ils avaient toujours été là.

Frederiksen lève une partie du voile sur les origines de la musique ancienne américaine, quelles soient écossaises, irlandaises ou venant d'ailleurs, le tout dans un écrin musicale superbe (on se régale entre autre du timbre de voix de basse du musicien dans The Death of General Wolfe). L'album nous surprend par l'étrange familiarité que nous avons avec ces chants vieux de trois siècles, a mi-chemin entre musique savante et chansons populaires.

En bonus, un très beau livret explicatif écrit de la main même du musicien !


Rose of Sharon, 100 years of American Music
par Erik Frederiksen et l'ensemble Phoenix Munich.
Sortie le 26 mai 2011


A écouter également :
The Elfin Knight, Ballades et Danses de la Renaissance Anglaises
par Joel Frederiksen et l'ensemble Phoenix Munich.


Disponible à l'Autre Monde

vendredi 22 avril 2011

Un Requiem en mouvement

C'est avec plaisir que je reprends l'écriture afin de vous partager les dernières rencontres musicales et artistiques qui m'ont touchées.


Mon travail dans l'Autre Monde m'offre une nourriture artistique suffisament abondante pour remettre en marche mes neurones et tenter d'en sortir quelques substances qui risquaient de s'empâter dans un coin de ma tête. Fort heureusement, des oeuvres d'une beauté incomparable sont venues me saisir avant qu'il ne soit trop tard ! C'est ainsi que le Requiem de Mozart interprété par Téodor Currentzis est venu réveiller mon esprit.

Venir secouer le temple Mozart n'a rien d'évident, surtout lorsqu'on s'attaque à un édifice de l'importance du Requiem. Nombreux sont les chefs qui y ont laissés des plumes.




Comment en effet jouer cette partition d'une apparente facilité, qui pourtant cache des pièges à presque chaque mesure ? L'erreur à ne pas commettre est de s'engouffrer dans tous les temps et de s'y endormir. Faisons plutôt rebondir les basses, allégeons les aigues. La mort est-elle dans les tréfonds de la terre ou dans les nuées des cieux ?


T. Currentzis a pris position et tout s'envole. Les basses de l'Offertorium ne laissent aucun doute là-dessus. Ce qui m'a séduit se trouve pourtant ailleurs. C'est dans le mouvement que réside mon véritable attrait pour cette oeuvre. Je m'explique.
Le Requiem, messe en mémoire des morts, ne trouve son sens à mon avis n'ont pas dans l'éloge de la mort, mais dans son opposé qui s'y reflète, la vie. Or beaucoup d'interprétations semblent s'empâter dans la seule commémoration trop solennisées de la mort, sans y chercher son reflet.



T. Currentzis ne tombe pas dans cet écueil. Il nous offre une version qui passe de l'évocation de l'esprit en furie, grâce au relief de ses nuances, au vombrissement de l'âme par le crissement des archers qui rayent littéralement les cordes des contrebasses, violoncelles et violons. L'ensemble permet de créer une spirale qui tourne sur elle-même et crée le mouvement.


La maîtrise technique est donc à l'origine de cette sensation. Mais l'audace du jeune chef réside surtout dans l'apparent détachement de l'artiste avec son oeuvre, lui laissant alors tout l'espace nécessaire à son déploiement et à son expression autonome.


Peut-être que je me trompe. Le travail effectué à certainement été d'une précision d'orfèvre. Néanmoins, ce qui est frappant c'est la liberté qui se dégage de cette musique, qui semble s'affranchir de toutes contraintes matérielles, pour ne laisser place qu'à la plus pure expression de la partition.

Jugez par vous même : Requiem de Mozart, par le choeur et l'orchestre de chambre de l'opéra de Novosibirsk, direction Teodor Currentzis, Alpha Production, n°178.



Disponible à l'Autre Monde